Un Métier de Seigneur – roman de Pierre Boulle
Un pur délire psychologique... Voilà ce que je me suis dis pendant la lecture de ce livre.
Nous suivons l’itinéraire de Cousin, écrivain engagé volontaire pendant la seconde guerre mondiale.
Mais cet homme n’a rien d’un homme ordinaire. Cet homme rêve sa vie ; il vit dans le fantasme : modifiant sans cesse, dans son esprit, sa perception première de la réalité afin de l’arranger à sa convenance (dans le but de se voir, sans contexte possible, comme le héro dont il a toujours rêvé d’être), il tente de se berner lui-même en même temps qu’il tente de tromper son entourage. Et cela l’amène à accomplir des actions courageuses et braves, alors que, tout au fond de lui, la peur est partout, toute prête à se fondre sur son être et à le paralyser au moindre relâchement de ses efforts mentaux.
Début de l’histoire :
Après avoir dirigé un petit groupe d’hommes en France, le hasard fait que le lieutenant Cousin croise la route du caporal Morvan. Tout deux font alors route jusqu’en Bretagne, et rejoignent le petit village de Morvan où sa mère et sa sœur, Claire, l’attendent.
Puis, Cousin, Morvan et Claire décident de rejoindre l’Angleterre pour poursuivre là-bas l’effort de guerre... Une fois surplace, et après avoir rempli quelques formalités (notamment un rapport sur leur dernières activités), les voilà enrôlés dans la résistance auprès des alliés, et plus précisément, voilà Cousin et Morvan formés pour être des agents secrets... des espions.
Après quelques semaines de formation donc, on les envoie en mission en France, dans une ferme retirée...
Là-bas, ils parviennent à tisser un réseau solide d’hommes d’actions et de contacts, et à préparer un attentat contre un atelier de locomotive nazi.
Mais voilà que les choses tournent mal...
Quelques jours seulement avant que l’attentat n’est lieu, Cousin et Morvan voient débarquer la Gestapo. Ils n’ont le temps de rien (si ce n’est de brûler quelques papiers compromettants), que déjà ils sont séparés chacun dans une pièce, et ligotés.
Vont-ils parler ?... Vont-ils garder le silence ?...
L’histoire du livre est une trame de fond sans grande valeur, au fond. La vraie histoire, en fait, celle qui est réellement intéressante, se passe dans la tête de Cousin. L’intérêt du livre, ce sont les pensées de Cousin. Ce sont elles, en effet, qui font que chaque phrase, chaque chapitre est imprégné par une tension redoutable.
On transpire vraiment en lisant ce livre ; on a les mains moites et le cœur qui s’emballe...
Car cousin, sans cesse, se demande de quelle manière les autres le perçoivent. Avant d’accomplir une action quelconque, il l’analyse sous toutes ses coutures, de peur qu’elle ne soit interprétée de manière défavorable à sa propre légende intérieure...
Bref, nous savons que le protagoniste principal est un malade. Nous savons que son cerveau, en plus d’être malade, est plongé dans un contexte extérieur difficile, un environnement hostile : celui de la guerre. Et c’est au cœur de cette pression (une pression venant aussi bien du côté des ennemis que du côté des alliés) que cet esprit devra se surpasser... c’est au cœur de cet enfer psychologique qu’il devra se sublimer pour trouver continuellement son compte à ses propre yeux, afin de ne pas se déprécier, afin de rester toujours, quoi qu’il arrive, cette déité, ce héro implacable que son esprit exigeant veut et souhaite de tout cœur, veut et souhaite de toute sa puissante volonté de persuasion...
C’est un livre vraiment incroyable, qui mérite d’être connu. Pour ceux qui aiment les livres psychologiques, ils trouveront, à coup sûr, leur compte dans celui-ci. De plus c’est très très bien écrit. Chaque ligne est un régal, un délice, autant littéraire que psychologique que en termes d’action. A lire, donc.
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